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PEUR DU VIDE

Mis à jour : nov. 6



"Tout était devenu difficile. Écrire, rire, aimer. Tout était douleur, et tout était espoir. Je savais qu’il me suffirait de sortir la tête du puits où je m’étais enfoncée pour que tout s’arrange, mais les parois étaient glissantes et à chaque fois que j’approchais enfin mon visage du soleil, je glissais à nouveau. Et je reprenais la lutte. Et la lutte avait fini par prendre toute la place."

Garance Doré.



Je suis dans ma chambre, à Paris, devant mon ordinateur. Ma playlist "chill" tourne en boucle et là c'est "New York I love you" qui passe. C'est vraiment une playlist pour les soirs d'automne. J'aurais soudain envie d'un café chaud, juste pour vous l'écrire et vous en faire imaginer l'odeur forte et réconfortante. (Mais grosse flemme de vider la cafetière à l'italienne pleine d'un marc de café humide et froid).


Ce matin, je me suis levée, et j'ai écrit un post Linkedin pour un entrepreneur qui délègue sa communication. Puis j'ai monté des épisodes de Génération XX en vidéos, pour que le podcast soit disponible sur Youtube, en écoutant une conférence où Pénélope Bagieu parle de créativité. Je me doutais déjà que je n'irais pas au théâtre cet après-midi. Personne chez moi, le silence.


J'aime pas trop le silence


J'ai alors senti revenir ce creux désagréable, cette boule dans le ventre, cette angoisse quand je sens venir le vide. L'école, c'est fini pour de bon et je n'ai pas encore de travail à plein temps : personne ne m'attend nulle part. Shit. L'absence de cadre et de groupe peuvent, après quelques jours, me faire basculer dans un état d'esprit sombre où tout me paraît un effort insurmontable.


Alors pour lutter contre la vague, je me suis activée, je suis allée acheter deux baguettes, j'ai pris des rendez-vous médicaux pour la première fois depuis une éternité, je me suis renseignée sur les auto-écoles, j'ai appelé ma grand-mère, j'ai ouvert instagram 50 fois, je me suis fais des pâtes, j'ai répondu à quelques messages en attente, je me suis fais un café, j'ai écouté un épisode du podcast "philosophy is sexy" et j'ai écouté une conférence sur la créativité.


Pourquoi j'ai peur du vide comme ça ?

C'est de me retrouver face à mes angoisses qui me fait peur ?


Seule et privée d'interactions pendant plus d'une demi journée, je ressens une baisse d'énergie*. Truc d'extraverti.* Sauf si je suis à fond dans une activité qui me fait vibrer : un dessin, un roman, un podcast, peuvent me plonger dans un état d'excitation où je peux oublier de manger et me coucher à 4h du matin.


Quand ça dure trop longtemps, mes démons me reviennent.

Je me sens d'abord envahie par des émotions désagréables : ça peut être de la flemme, du stress, de la tristesse. Et ce creux dans le ventre, qui me donne envie de grignoter pour me remplir et m'apaiser. Ces pulsions alimentaires, le podcast Emotions les explique dans l'épisode "Manger ses émotions", et je me suis bien reconnue. "Manger ses émotions" serait une façon de les faire taire, pour éviter de sombrer. Les périodes de transition, en particulier, amènent des conflits, des douleurs, des doutes qui créent un besoin de béquille. Apparemment, ça concerne plutôt les personnes très sensibles qui n'arrivent pas toujours à exprimer leurs émotions.


Je remarque que je "mange" aussi des podcasts, des stories instagram, des évènements, des rencontres, des séries, des documentaires... Tout ce qui peut meubler, remplir, créer une contenance. Me donner une masse pour me sentir ancrée, pour prendre appui, compenser le vide.



(Photo Louis le Nenaon)


Ma vie sur des montagnes russes


J'ai appris à me connaître : je sais que j'ai une fragilité et que j'oscille entre des extrêmes émotionnels.

Ces moments où la boule revient, je les crains : j'ai peur d'y voir des signes annonciateurs de la tempête.


Je vis à la fois des périodes de grand bonheur, d'enthousiasme - même d'euphorie - de légère hyperactivité, de grande confiance en moi, de fous rires, de sociabilité, de grands rêves, de fourmillement d'idées, d'impulsivité... et des périodes plus ou moins sombres. Dans ces périodes, je me coupe un peu des autres, je ris moins, je suis susceptible, je pleure, je me juge, je dors mal, j'ai moins d'envies, je me sens frustrée et je me mets en colère pour un rien. Et j'ai l'impression de ne plus être tout à fait moi-même, peut-être le plus flippant dans tout ça.


Pour ceux qui ne connaissent pas cet état, rappelez-vous les détraqueurs dans Harry Potter 3, ces gardiens d'Azkaban qui se nourrissent de la joie et de l'énergie des gens, et leur laissent "un sentiment de désespoir, comme si ils n'allaient plus jamais être heureux". Pour l'anecdote, JK Rowling s'est inspirée de sa propre dépression pour créer les détraqueurs. (Crédits pour le lien avec le détraqueur: l'article de Béatrix)


Anne Hathaway dans Modern Love



Jusqu'à ces jours de lucidité où je me dis "Louise, là ça va pas, il faut aller voir une psy". Et puis j'attends et ça passe, je finis toujours par reprendre des couleurs. Quelques semaines plus tard, c'est fini, je croque la vie à pleines dents.


Anne Hathaway dans Modern Love


Je ne sais pas comment qualifier cette instabilité.

Est-ce que c'est juste un trait de personnalité, des hauts et des bas que tout le monde vit ?

Est- ce que je suis cyclothymique ( une forme atténuée de troubles bipolaires ) ? Hypothèse de ma maman qui est psy.

Est-ce que j'ai une petite tendance dépressive ?

Est-ce que j'exagère ? Je suis peut-être juste émotive, voire un peu hypersensible.


Et en parallèle de ces phases qui durent quelques semaines/mois, je passe par d'autres cycles d'émotions plus courts :

  • des émotions qui durent quelques instants. (Là aussi, je passe d'un extrême à l'autre et mes proches sont souvent surpris de mes changements d'avis très brusques).

  • des émotions qui durent quelques jours. Le cycle hormonal y est pour beaucoup, dans mon cas.

Bref, une sorte de millefeuille parfois complexe à comprendre. Au moment du syndrome pré-menstruel, je deviens aigrie, dépressive et colérique, et je me demande si je ne suis pas en train de faire une dépression - jusqu'à ce que j'ai mes règles et que je me rappelle que ça m'arrive tous les mois. Et tous ces cycles s'emboîtent.


J'ai aussi lu que la dépression pouvait suivre un choc, une transformation, une déconstruction identitaire. Un deuil, de quelqu'un ou d'une partie de soi-même. Garance Doré et Mai Hua l'expliquent très bien sur leurs blogs respectifs (liens à la fin du l'article). Ces dernières années, j'ai commencé à écouter mon intuition, ce qui a impliqué de remettre en question les principes de "la voie royale".


Dans une famille qui m'encourage à choisir le confort et la sécurité, dans un milieu social où l'étalon de comparaison est le prestige des études puis de la carrière, dans une école de commerce où les étudiants se projettent dans des milieux très "corpos" pour la plupart - je ne sais pas comment le dire autrement - choisir un chemin différent me demande sûrement de déconstruire des schémas et des valeurs ancrés depuis toujours.


J'ai toujours peur d'exagérer par rapport à tous ceux qui souffrent beaucoup plus. Je finis toujours par aller mieux et que je n'ai jamais eu de pensées très noires, si bien que je finis souvent par relativiser mon mal-être. Je me dis que je ne connais que mon propre degré de souffrance et que c'est délicat d'essayer de se situer par rapport aux autres. Cette peur de passer pour le martyr ou la drama queen est tenace. A partir de quand je m'inquiète ? A partir de quand ma souffrance peut exister aux yeux des autres, au-delà du classique "un peu fatiguée mais ça va" ?. A mon sens, c'est vraiment dommage qu'on se bride autant. Non seulement on s'empêche de vider son sac et d'aller mieux, mais on empêche aussi les autres de faire de même.


Ma rencontre avec la santé mentale


Depuis quelques années, je me sens plus concernée par les podcasts, les articles, les oeuvres d'art liés à la psychologie, et plus spécifiquement à la santé mentale et aux fragilités humaines. Ecouter les témoignages de personnes qui se livrent et assument leur vulnérabilité est réconfortant et salvateur. Encore plus quand ces personnes vont mieux au moment où elles se livrent : ça me rappelle, au moment où l'on craint que ça dure, que la déprime n'est pas une fatalité.


Je partage donc avec vous les contenus qui m'ont touchée et informée sur la dépression, l'anxiété, les émotions "négatives" qu'on a souvent plus envie de fuir que d'affronter.


  • Zero, ce texte de Garance Doré qui décrit si bien cet état de lutte... "Tout était devenu difficile. Écrire, rire, aimer. Tout était douleur, et tout était espoir. Je savais qu’il me suffirait de sortir la tête du puits où je m’étais enfoncée pour que tout s’arrange, mais les parois étaient glissantes et à chaque fois que j’approchais enfin mon visage du soleil, je glissais à nouveau. Et je reprenais la lutte. Et la lutte avait fini par prendre toute la place." ... Et donne de l'espoir, non seulement sur la guérison, mais aussi sur la transformation profonde et spirituelle dont la dépression peut être le miroir. " Celle que j’ai été n’est plus. Celle à qui je me suis accrochée pendant que je m’enfonçais dans la nuit de ma dépression était morte depuis bien longtemps. J’ai enfin réussi à la laisser partir. Aujourd’hui, je fais connaissance avec une nouvelle moi. Plus douce, plus fragile. Tellement plus humble face aux mystères de la vie. Tellement moins assurée et pourtant tellement plus ouverte. Tellement plus aimante, tellement plus simple."

  • Ce post de Mai Hua, " Future ex-perfectionniste", qui décrit une transformation similaire à celle de Garance. Elle raconte comment, prisonnière du désir de validation extérieure, elle s'est construite "comme une coquille parfaite, mais vide". Elle qui pensait être très aimable, elle s'est un jour rendu compte à quel point elle était devenue égocentrique et toxique pour les autres. Elle raconte cette claque, les récidives, l'égo totalement blessé, l'amitié et l'honnêteté salvatrices. " Mais cet épisode douloureux m’a fait grandir. et je crois qu’il faut accepter cette douleur si l’on veut changer. parce que la construction est si forte qu’elle ne peut pas se briser dans la douceur. je dirais même que cet épisode a sauvé ma vie, car il a mis en valeur mon essence, par delà mes (dys)fonctionnements." Mai Hua est une artiste et ma "guide spirituelle" depuis mes années lycée, je la remercie 1000 fois de partager ses réflexions avec nous.

  • Les articles de Béatrix (coucou!!) sur son blog Bazar en Rangement. Lire cet article m'a fait du bien. Je me reconnais tellement dans la façon dont Béatrix se décrit, dans cette joie, cette sociabilité, cet amour des gens qui rendent si incompréhensible aux autres l'idée que parfois, on déprime... Et comme Béatrix, je dis souvent qu'"il n'y a rien de pire que la solitude", ce qui n'est pas tout à fait vrai puisqu'un bon roman suffit à faire taire mes angoisses. Le vide, le silence et l'ennui sont les vrais terreaux de bad. " C’est quelque chose que l’on me dit souvent. Je suis très extravertie. Très sociable. J’adore les gens (et ils me le rendent plutôt bien, la plupart du temps). Et c’est vrai. Je suis une fervente adepte du bonheur qui se partage. J’aime ma famille, j’aime mes amis. Mais moi ? Pas autant, pour le dire joliment. J’ai dit qu’il n’y avait rien de pire que la solitude ? C’est vrai… Et pas tellement non plus. Je déteste être seule. Mais pas parce que je veux forcément être avec les autres. Je dois simplement ne pas être isolée avec mes démons. Entre voir des gens et lire Americanah ? Je suis désolée, mais je choix est vite fait. Je m’implique pourtant dans la vie de mes amis les plus proches. Mais celle d’Ifemelu ? C’est elle qui m’a motivée à reprendre ce blog, c’est dire…" (Et pour lire son article en entier, c'est ici). Dans sa vidéothèque sur la dépression , Béatrix partage les infos utiles et les conseils précieux qu'elle retient de son temps passé à s'informer. J'y ai notamment découvert l'artiste et youtubeuse Anna Akana, qui parle d'anxiété, de dépression, avec des vidéos courtes, drôles et accessibles. Et c'est là que je viens de tomber sur une photo de détraqueur sur le post de Béatrix et que je me rend compte que c'était son idée. Je le reconnais parce que je suis quelqu'un d'honnête et droit. Trop déçue. PS: c'est la découverte du blog de Béatrix qui m'a donné envie d'écrire pour essayer de détricoter mes angoisses et mettre des mots sur mes émotions. J'ajoute qu'on a les mêmes idoles, je nomme Harry Potter et Ifemelu du roman Americanah.

Mais aussi:

  • Les dessins de l'illustratrice américaine Tara Booth, qui aborde de nombreux tabous de la société contemporaine comme la dépression, la dépendance, l'anxiété sociale...


  • J'ai adoré cet épisode de Modern Love "Take me as I am, whoever I am" avec Anne Hathaway, trop belle et trop touchante. Cet épisode, qui traite des relations amoureuses d'une femme bipolaire, a été inspiré de cette lettre ouverte signée Terri Cheney publiée dans la Rubrique "Modern Love" du New York Times. Il m'a aidée à comprendre mieux la bipolarité (même si il est clair qu'Anne Hathaway surjoue un peu), et je me reconnais un peu dans ces changements d'humeur irrationnels ).


  • De temps en temps, je check ce compte instagram "So you want to talk about" qui décortique, entre 1000 sujets, ce qu'est la dépression et ce qui la différencie de la tristesse. Des petites piqûres de rappel, de temps en temps, pour bien définir les termes du sujet.

Je suis sûre que nous sommes très nombreux à passer par ces hauts et ces bas, simplement à des degrés d'intensité différents.* L'idée n'est pas de m'ériger en victime (alala, cette peur constante de "faire sa victime"... on en reparlera peut-être ) mais de parler de ce sujet intime et tabou, comme on parle d'orientation, d'amour, de spiritualité. Personnellement, je me sens mieux depuis que j'essaye de prendre ma "santé mentale" et mes émotions au sérieux.


*Les réactions de mes proches à l'article le confirment : tout le monde y passe. Certaines, comme moi, auraient aimé pouvoir en parler et ont été rassurées par différents témoignages, d'autres - deux garçons - préfèrent ne pas consulter trop de contenu dans ces moments-là, de peur de s'identifier et de déprimer encore plus.


Merci d'avoir lu !!


Si ça vous parle, n'hésitez pas à réagir en commentant ce post ou par message privé ;)


Zoubi !




* PS : je suis retombée sur des vieux dessins, apparemment à l'époque j'osais exprimer ma détresse ! (lol)






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Louise Hourcade

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